Comment soigner sa phobie avec les TCC

La phobie comme événement psychologique

De la psellismophobie à l’émétophobie en passant par la didaskaléinophobie, il existe un ensemble de phobies, parfois au nom imprononçables, pouvant être particulièrement handicapantes au quotidien. Le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) les définit par un critère principal : « une peur ou anxiété intenses à propos d’un objet ou d’une situation spécifique ». 6 autres critères sont nécessaires pour pouvoir parler de phobie, comme précisé ici :

Phobie TCC

La phobie n’est donc pas une simple peur, car la peur est une émotion considérée comme normale : tous les êtres humains ressentent de la peur. La peur est une émotion primaire qui nous permet de réagir de façon adaptée à une situation de danger. Au niveau neurobiologique, la peur correspond à une activation du système sympathique sécrétant l’adrénaline et la noradrénaline et nous préparant ainsi à l’action (la fuite ou le combat).

La phobie, c’est comme si le système d’alarme de notre cerveau n’était plus régulé correctement. Ce système d’alarme s’active alors :

  • trop vite (l’anticipation d’un évènement suffit à déclencher une peur difficilement gérable)
  • et/ou à un niveau de stimulation trop bas (penser à l’objet de la phobie suffit à déclencher d’intenses angoisses)
  • et/ou de façon disproportionnée par rapport à la réalité.

Parfois, l’intensité de la peur ressentie par la personne ne peut être ni expliquée, ni raisonnée, au point d’apparaitre absurde d’un point de vue extérieur voire pour la personne phobique. Pour autant, le plus souvent il est possible d’identifier des événements déclencheurs et facilitants au développement de la phobie. Une phobie n’apparait pas par hasard, tout a une raison et rien n’est ridicule.

Quelques exemples de phobies spécifiques

  • Acrophobie : peur des hauteurs
  • Amaxophobie : peur de conduire
  • Bacillophobie : peur des microbes
  • Cynophobie : peur des chiens
  • Didaskaléinophobie : peur d’aller à l’école
  • Emetophobie : peur de vomir
  • Entomophobie : peur des insectes
  • Nosophobie : peur des maladies
  • Ornithophobie: peur des oiseaux
  • Psellismophobie : peur de bégayer

Mais aussi:

  • Stasophobie : peur de rester debout
  • Tétraphobie : peur du chiffre 4
  • Butyrophobie : peur du beurre
  • L’hippopotomonstrosesquippédaliophobie : peur des mots longs (bon celle-là j’avoue, je n’ai jamais su s’il y avait vraiment eu des cas réels ! mais en théorie, rien ne l’interdit)

Au-delà du caractère presque amusant de ces phobies, elles nous renseignent surtout sur la capacité de notre cerveau à associer à peu près n’importe quoi avec une réaction émotionnelle (ici de peur), comme nous allons le voir plus bas.

Cette souffrance est très fréquente et largement répandue. Chaque année, entre 7 et 9 américains sur 100 seraient touchés (Kessler et al., 2005 ; Kessler et al., 2012). Les phobies touchent tout le monde : les hommes et les femmes, les enfants, adolescents et adultes, les personnes âgées. Le plus souvent la phobie commence à l’enfance ou à l’adolescence. Elle disparait parfois du jour au lendemain, mais le plus souvent un accompagnement psychologique est nécessaire.

Comment traiter sa phobie en psychothérapie

Sigmund Freud considérait les phobies comme des symptômes apparents d’un conflit inconscient, résultats de mécanismes de défense à protéger le Moi. Si les théories freudiennes ne sont plus considérées comme les plus pertinentes pour accompagner les personnes phobiques, il faut reconnaître que Freud lui-même avait eu l’intuition que le travail psychanalytique devait inclure une confrontation aux situations et objets anxiogènes afin de parvenir à une maîtrise de la situation. Si cela apparait comme une évidence aujourd’hui, la plupart des psychanalystes ayant suivi Freud ont rejeté ce paradigme, le jugeant dangereux pour les patients (pour des raisons considérées aujourd’hui sans fondement scientifique).

L’un des socles théoriques des thérapies cognitives et comportementales est les lois de l’apprentissage. Dans une logique TCC et pour faire simple, le cerveau de la personne phobique a appris lors d’événements précédents, à associer une situation, un animal ou un objet au départ neutre, à une réponse émotionnelle de peur. La tendance à éviter les situations anxiogènes va venir maintenir les difficultés, la personne n’ayant pas l’occasion de créer de nouveaux souvenirs plus rassurants en lien avec cette situation, animal ou objet. Les croyances au sujet de l’objet phobique n’ont pas la possibilité d’être remises en question, du moins pas par la confrontation dans des situations vécues.

Phobies, TCC et exposition

Il en résulte la ligne directrice très simple selon laquelle, la meilleure façon de réduire de façon durable la réaction d’anxiété conditionnée par l’objet de la phobie, est de briser le cercle vicieux de l’évitement et d’apprendre à se confronter progressivement (en respectant certaines règles d’écologie intérieure), à ce qui nous fait peur.

Ce principe se nomme l’exposition graduelle. Dans un article suivant, nous détaillerons cette méthode de l’exposition, pierre angulaire du traitement TCC des phobies (et des troubles anxieux de façon plus générale).

En tant que psychologue à Nice, je vous accueille dans mon cabinet situé au sein du Centre Médical et Paramédical Palais des arts à Nice. Pour plus d’informations vous pouvez consulter mon site internet https://psychologue-tcc-nice.fr/

Bibliographie :

Kessler RC, Berglund P, Demler O, et al: Lifetime prevalence and age-of-onset distributions of DSMIV disorders in the National Comorbidity Survey Replication. Arch Gen Psychiatry 62(6):593–602, 2005 15939837

Kessler RC, Petukhova M, Samson NA, et al: Twelve-month and lifetime prevalence and lifetime morbid risk of anxiety and mood disorders in the United States. Int J Methods Psychiatr Res 21(3):169– 184, 2012 22865617 10.1002/mpr.1359

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