Modèle transthéorique de changement

Le Modèle Transthéorique de changement

Tout accompagnement en relation d’aide (psychothérapie, coaching) vise, de façon plus ou moins explicite, un changement comportemental. L’un des principes sous-jacents de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) stipule que vous ne pouvez pas changer ce que vous ressentez, en revanche vous pouvez développer des compétences psychologiques afin de changer votre façon d’y réagir. Ce que nous appelerons ici changement comportemental peut concerner des choses aussi variées que :

  • la décision de s’exposer progressivement à ce qui vous rend anxieux ;
  • l’engagement à prendre soin de vous en vous accordant un moment-plaisir par semaine ;
  • la décision de vous mettre au sport ;
  • la décision de réduire progressivement votre consommation d’alcool ;
  • la difficulté de vous mettre à réviser et la procrastination que cela engendre ;
  • le fait d’essayer une nouvelle façon de communiquer avec votre conjoint(e), car les stratégies mises en place actuellement ne fonctionnent pas comme vous le souhaiteriez ;
  • etc.

Le modèle transthéorique de changement (Prochaska & Di Clemente, 1982) nous offre une fenêtre de compréhension sur les stades par lesquels nous passons lorsque nous opérons un changement comportemental. Le rôle du psychologue est d’identifier l’étape dans laquelle vous vous trouvez afin de vous soutenir et de faciliter les processus naturels de changements dans lesquels vous êtes déjà engagé. Le modèle transthéorique propose qu’il existe cinq (ou six) étapes possibles dans tout changement comportemental :

Modèle transthéorique de changement

Schéma issu de Mikolajczak, M. (2016). Les interventions en psychologie de la santé. Paris : Dunod.

L’étape de précontemplation est ici représentée comme la porte d’entrée dans le processus de changement. La précontemplation désigne la phase dans laquelle vous êtes peu conscient de la problématique qui se pose à vous, voire pas du tout. A ce stade, votre motivation au changement est quasi nulle. Une prise de conscience est alors nécessaire, déclenchée le plus souvent par un événement de vie ou une conversation (professionnel de santé, ami, proche…).

Entrer dans le stade de la contemplation vous fait également entrer dans l’engrenage du changement. A ce stade, vous commencez à prendre conscience que votre comportement est problématique, et en même temps vous y trouvez encore des avantages. Vous êtes encore très indécis face à un possible changement qui vous semble, à ce stade, peu réalisable. Cette étape est donc caractérisée par l’ambivalence.

Au stade de la préparation (décision du changement), vous sortez de l’inaction et de l’ambivalence au fur et à mesure que votre désir de changer votre comportement prend de la place par rapport aux avantages que vous avez à ne pas changer. Comme son nom l’indique, cette étape est aussi celle où une action est envisagée, et des plans pour y parvenir sont établis. Vous savez donc ce que vous voulez, et quelle sera la première étape pour y parvenir.

Vient ensuite le stade de l’action, lors duquel vous engagez des démarches concrètes pour accomplir vos plans. Le changement comportemental devient effectif, avec cessation ou diminution du comportement problématique et/ou apparition ou augmentation du comportement recherché. Le stade de l’action doit généralement durer quelques semaines voire mois afin de consolider votre nouvelle habitude de vie.

Cela nous amène au stade du maintien : le changement est maintenant installé dans le temps, et les bénéfices de ce changement commencent à apparaitre. Cela vous permet de prendre confiance en vous et de maîtriser de mieux en mieux les moyens dont vous disposez pour maintenir votre nouvelle façon d’agir. Lors de ce stade, vous ressentez généralement un sentiment agréable de contrôle et pouvez prendre un temps pour vous féliciter des progrès accomplis.

Enfin, sans lui cela serait trop simple, voici le stade de la rechute. Le fait de « rechuter », c’est-à-dire de retomber temporairement dans le fonctionnement initial que vous ne souhaitez plus, constitue la règle plutôt que l’exception dans le changement comportemental, notamment dans les problématiques complexes telles que les addictions, les schémas relationnels coincés, etc. L’étape de la rechute est donc inhérente au processus de changement ; néanmoins elle vous offre des éléments de compréhension pour atteindre vos objectifs. Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des enseignements.

Après avoir « rechuté », il est possible de repartir sur un cycle de stades de changement, jusqu’à parvenir à maintenir suffisamment votre nouveau comportement pour l’asseoir définitivement. Le passage d’une étape à une autre est parfois ardu, il est possible que l’on se sente stagner voire reculer. Comprendre les stades de changement me parait indispensable pour accompagner au mieux mes clients, car chaque stade nécessite des interventions spécifiques. Le rôle du psychologue lors des premières étapes consiste principalement à vous aider à prendre conscience de votre problématique, puis à stimuler votre motivation par la conversation thérapeutique et la prise de perspective. Plus tard dans le processus (à partir de la préparation), il pourra vous proposer des outils et stratégies issus de la recherche scientifique en psychologie afin d’avancer vers vos valeurs de vie et objectifs. Enfin, le stade du maintien permet de consolider les compétences développées afin d’éviter une rechute et ainsi de sortir du modèle transthéorique du changement… avec vos nouvelles compétences et habitudes de vie !

Bibliographie :
Carré, P. , & Fenouillet, F. (2019). Traité de psychologie de la motivation.
Mikolajczak, M. (2019). Les interventions en psychologie de la santé. Paris: Dunod.
Miller, W., & Rollnick, S. (2016). L’entretien motivationnel. Paris: InterEd.
Prochaska, J.O., Di Clemente, C.C. (1982). Transtheoretical therapy : Toward a more integrative model of change, Psychotherapy Theory, Research and Practice, 19, 276-288.
Prochaska, J.O., Di Clemente C.C., Norcross, J.C. (1992). In search of how people change : application to the addictives behaviors, American Psychologist, 47, 1102-1114.

Laisser un commentaire